
Démasculiniser la justice
Une magistrate analyse les mécanismes qui, derrière l'apparente neutralité du droit, conduisent l'institution judiciaire, pourtant largement féminisée, à perpétuer les inégalités de genre et à préserver l'impunité des auteurs de violences sexuelles comme des discriminations.
Pourquoi, tant d'années après le déclenchement du mouvement #MeToo, les violences sexuelles demeurent-elles si souvent impunies ? Pourquoi les discriminations de genre perdurent-elles en dépit des dispositifs de parité ? Pourquoi le divorce appauvrit-il autant les femmes ? Par quelle mécanique les filles se trouvent-elles lésées au profit de leurs frères au moment de l'héritage ?
Alors même que la profession de magistrat est aujourd'hui très féminisée, nombre de processus judiciaires restent défavorables aux femmes. La justice peine à s'affranchir de stéréotypes de genre tenaces, et reste trop souvent une affaire d'hommes.
Magali Lafourcade, magistrate engagée, propose dans cet ouvrage stimulant un changement d'approche en faveur d'une justice plus féministe, plus réaliste, davantage tournée vers l'égalité réelle. Elle livre aussi un témoignage personnel de son expérience des prétoires. Une réflexion salutaire, à l'heure où la question des droits des femmes et des enfants -- procès de Mazan, affaire Bétharram, débats sur l'inscription du consentement dans la loi sur le viol -- percute plus que jamais l'institution judiciaire.
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Magali Lafourcade, magistrate : « Être féministe, cela fait partie des devoirs du magistrat. » - 21.05.25
« Malgré une féminisation numérique de la profession, l'institution judiciaire est imprégnée par de nombreuses inégalités de genre : impunité des agresseurs sexuels, maltraitance de prétoire, plafond de verre... Selon l'autrice de Démasculiniser la justice, le système doit rapidement s'affranchir de ces représentations. »

« Démasculiniser la justice implique une véritable impartialité, à rebours des stéréotypes de genre. »

La justice est-elle défavorable aux femmes ?
« La justice est une tête d'homme sur un corps de femme puisque la féminisation, qui est très forte, s'arrête très très vite aux portes de la hiérarchie. En plus, il n'y a pas seulement un plafond de verre, il y a aussi des parois de verre puisque il y a une spécialisation selon les fonctions. On retrouve une surreprésentation des magistrats hommes dans les fonctions de parquet --- qui sont codés au masculin, dans l'idée de répressions, de poursuites --- et, une surreprésentation des femmes dans les fonctions de juges des enfants ou juge aux affaires familiales qui sont plutôt codés au féminin. Donc, on voit que notre socialisation marque énormément la structure même --- l'organigramme --- de la justice. Et puis, je suis prête à faire un pari avec vous. On va bientôt avoir un nouveau parquet national de lutte contre la criminalité organisée et toutes ces fonctions, très valorisées, très prestigieuses, elles sont occupées que par des hommes. Donc, je suis prête à parier que le futur de chef sera un homme comme c'est un homme qui dirige le parquet national financier, le parquet national antiterroristes. »










