
Kurdistan
La colère d'un peuple sans droits
Promise en 1920 par les Alliés, la création d'un État kurde indépendant n'a jamais vu le jour au Moyen-Orient. Partagés depuis presque un siècle entre la Turquie, la Syrie, l'Iran et l'Irak, les Kurdes représentent aujourd'hui le plus grand peuple au monde sans État.
Entre 2007 et 2011, le photographe Julien Goldstein et le journaliste Olivier Piot ont ensemble parcouru à plusieurs reprises les territoires où vivent les Kurdes afin de mieux comprendre la réalité des régions de ce Kurdistan morcelé. D'un pays à l'autre, ils se sont plongés dans le quotidien de ce peuple, témoignant de ses problèmes économiques et politiques, des multiples discriminations dont il est l'objet et du déni de son identité. À travers les nombreuses rencontres qu'ils ont faites et les témoignages qu'ils ont recueillis, les auteurs dressent un état géopolitique de la situation kurde aujourd'hui.
Édition bilingue français-kurde.
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Interview de Julien Goldstein
Comment est née l'idée d'un reportage sur le peuple kurde ? Un peu au hasard, en fait. Avec le journaliste Olivier Piot, nous réalisions un tout autre reportage sur une minorité chiite en Turquie pour le magazine Géo. Le soir, nous parlions de choses et d'autres. Notre « fixeur » ne cessait alors d'évoquer « son » Kurdistan. Un peuple sans Etat, réparti entre quatre pays, qui a nourri un grand rêve d'unité. En cinq ans et treize voyages, nous avons donc cherché à voir ce qu'était devenue cette idée de « grand » Kurdistan, dans trois de ces quatre pays puisqu'il nous a été impossible d'obtenir les visas pour nous rendre en Iran. (...)

Interview d'Olivier Piot, grand reporter.
Comment le photographe Julien Goldstein et vous avez eu l'idée de réaliser ce travail sur le " grand Kurdistan " ?Olivier Piot : Tout est parti d'un reportage en Turquie. Notre interprète était kurde. Il nous a beaucoup parlé de son peuple, 37 millions d'habitants, séparé par les frontières de quatre États : Turquie, Iran, Syrie et Irak. A Paris, un militant kurde de Turquie a organisé pour nous un entretien avec le chef de la branche armée du PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan, actif en Turquie mais dont les camps militaires se situent au nord de l'Irak. Cependant, nous ne voulions pas en rester là. Nous voulions savoir si ce rêve d'une nation kurde était réaliste, entendre ce que disent les gens sur les partis qui affirment les représenter. Nous avons ainsi beaucoup circulé dans la région entre 2007 et 2011, sauf en Iran, faute de visas.

Entre 2007 et 2011, accompagné d'un rédacteur, le photographe est parti à la rencontre des Kurdes disséminés en Turquie, Iran, Irak et Syrie sur un territoire grand comme la France. De Turquie, il rapporte des images montrant la pauvreté des familles de Diyarbakir auxquelles sont distribués des sacs de charbon, la précarité des éleveurs de l'ouest qui n'ont plus le droit de vendre leur bétail suite à un embargo imposé par Ankara, le dénuement des jeunes qui n'ont guère que le billard pour se distraire.





