Éditions Les petits matins

Un piège architectural et livresque

in Formules n°14

Un piège architectural et livresque

Le Stade apparaît comme un piège architectural et livresque, ourdi par un narrateur qui joue des conjectures anticipées de l'interprète, tantôt en les gratifiant de fausses découvertes, tantôt en le lançant sur de vraies fausses pistes. La multiplicité de signaux métalinguistiques et des mots à double entente fonctionnant comme des attracteurs sémantiques, et l'apparente autonomie de la fiction, tendent à créer un vertige interprétatif qui se manifeste par une impression d'infini. Le lecteur est à la recherche du point qui déterminera une figure parfaite, calquée sur le plan annoncé: le point qui préfixe une compréhension totale et exacte de l’œuvre. Cependant, ni victoire ni médaille pour l'athlète, le récit reste en deçà d'un acte de jugement. (...) Au désir de dédoublement du lecteur, suscité par les projections du narrateur-personnage , à l'enquête menée pour comprendre les opérations effectuées, répond le secret principe de réalité du texte: une progression rigoureuse et implacable, un mécanisme entièrement automatisé et déceptif, hors d'un système fini de sens auquel pourtant le lecteur croyait que Le Stade était assigné.   Samuel Lequette, Formes urbaines de la création contemporaine, 2010.