Éditions Les petits matins

Un continent disparu en Europe

Les Échos

Un continent disparu en Europe

Le propos. Comme l'Atlantide, il s'agit d'un continent subitement englouti : le Yiddishland. Au sein de frontières floues, entre mer Noire, Baltique et Adriatique, de l'Alsace à la Russie, il a représenté une véritable civilisation au coeur de l'Europe, unissant jusqu'à 11 millions de Juifs. Le yiddish n'était pas une langue dérivée de l'allemand avec des apport slaves ou hébraïques, mais un mode de vie et de pensée. Du Moyen-Âge jusqu'à son anéantissement par le nazisme, le Yiddishland a eu ses coutumes et ses (nombreuses) obligations, mais aussi ses entreprises, journaux, hopitaux, caisses d'entraide, universités et théâtres. L'intérêt.Ce livre, fruit de rencontres dans une vingtaine de villes, en traque les traces culturelles, architecturales et sociales dans l'Europe d'aujourd'hui. Il essaye au passage de comprendre comment une telle destruction a été possible, qu'ont fait de ce passé des régimes communistes persécutant eux aussi les cosmopolites (en clair, les Juifs), comment cette mémoire est considérée de nos jours. l'ouvrage détaille le renouveau social et culturel d'une partie du Yiddishland, y compris sur le Net (il liste des sites et des contacts pour les passionnés d'histoire) et rappelle la coexistence historique du Yiddishland avec d'autres cultures : par exemple, contrairement aux idées reçues, la nationalité la plus représentée parmi les Justes ayant sauvé des Juifs en 1940-1945, selon le mémorial Yad Vashem, est la polonaise. Ce reportage demeure nimbé d'une ambiance crépusculaire entre shtetls (villages traditionnels), synagogues transformées en salles de boxe ou belvédère allumé en permanence dans la ville de Lublin pour commémorer le quartier juif anéanti. Une nostalgie qui rappelle ce fameux dicton juif : L'Homme fait des projets et Dieu rit. L'auteur. Journaliste au quotidien La Croix, Alain Guillemoles est spécialiste de l'Europe centrale et de l'ex-URSS. Y.B.