Éditions Les petits matins

Le Stade

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Ce volume, qui suivant son sous-titre (roman in situ) se propose de déduire une aventure des propriétés mêmes du livre, conjugue, en définitive, ce dessein avec un principe d’écriture en transformation continue, cherchant à mettre les jeux de ce stade à nu.
Daniel Buren, Guy Lelong, Jérôme Mauche

Dans la presse

Cahier critique de poésie

Le passage d'un état de prose à un état de poésie

Ce qui m’intéresse particulièrement dans ce roman in situ de Guy Lelong, c’est le passage d’un état de prose à un état de poésie. On a beaucoup parlé de l’inverse aussi.Il faut, pour cela, que la prose soit à un bout et la poésie à un autre. Et qu’entre les deux, il y ait des phases, des gradations, des intervalles. Comment passer de la prose à la poésie avant de revenir à la prose sans disposer d’un ensemble de valeurs métriques permettant la reconnaissance progressive de l’une et de l’autre ? Aussi ahurissant que cela paraisse, la séquence de la partie III du Stade de Guy Lelong est un exemple inédit d’écriture transitionnelle entre ces deux domaines tutélaires dont le mariage restait souvent une métaphore.

 

Par Jean-Noël Orengo

Revue critique d'art, 2009

Une logique d'écriture rigoureuse et originale

Conçu selon des principes repris du Nouveau Roman, de la musique spectrale et à partir de la notion d’in situ telle que définie par Daniel Buren, ce roman relève d’une logique d’écriture rigoureuse et originale. Sur un plan purement fictionnel, il semble que nous ayons affaire à un personnage quelque peu burlesque s’acharnant à s’approprier par une pointilleuse description l’espace d’un stade – bien particulier puisqu’il défie la loi de la gravitation – dans lequel il doit accomplir quatre épreuves. Mais une même règle régit ces épreuves et le récit qui en est fait. Le livre ainsi se constitue d’un jeu complexe sur ses propriétés mêmes.

remue.net

Nous suivons l’entraînement de ce narrateur. Dans la lumière blafarde de la verrière du stade, laquelle on l’a dit est source (production) de mystère, d’un mystère géomètrique. L’espace change. Mais cet espace semble un espace artificiel, construit de la main de l’homme et comme autonome, tout nous y dit piège ; tout ce qui en nous hume la fiction (images sous-jacentes de pop culture m’irriguent : Hal, ordinateur fou autonome du 2001 de Kubrick ; le pitch génial d’une série B (ou Z) fantastique nommée Cube : un espace autonome et menaçant).

Vient enfin le jour de l’épreuve, laquelle voit en son milieu – qui est aussi le plein centre de l’objet livre – le jury faire soudain assaut de paroles, commentaires – et là où ça s’échappe, c’est que le commentaire se fait autant à propos du livre en tant qu’objet (sa dite géométrie), qu’à propos de l’épreuve en train d’avoir lieu, qu’à propos du projet de roman initialement énoncé.

On ne vous dira pas la fin, si ce n’est que tout s’enlace, niveaux de perception et de rapports fond/forme propos/commentaire regard/action. Et que la plastique du livre joue, évidemment.

 

Par Guénaël Boutouillet (2009)

in Formules n°14

Un piège architectural et livresque

Le Stade apparaît comme un piège architectural et livresque, ourdi par un narrateur qui joue des conjectures anticipées de l’interprète, tantôt en les gratifiant de fausses découvertes, tantôt en le lançant sur de vraies fausses pistes. La multiplicité de signaux métalinguistiques et des mots à double entente fonctionnant comme des attracteurs sémantiques, et l’apparente autonomie de la fiction, tendent à créer un vertige interprétatif qui se manifeste par une impression d’infini.

Le lecteur est à la recherche du point qui déterminera une figure parfaite, calquée sur le plan annoncé : le point qui préfixe une compréhension totale et exacte de l’œuvre. Cependant, ni victoire ni médaille pour l’athlète, le récit reste en deçà d’un acte de jugement. (…) Au désir de dédoublement du lecteur, suscité par les projections du narrateur-personnage , à l’enquête menée pour comprendre les opérations effectuées, répond le secret principe de réalité du texte : une progression rigoureuse et implacable, un mécanisme entièrement automatisé et déceptif, hors d’un système fini de sens auquel pourtant le lecteur croyait que Le Stade était assigné.

 

Samuel Lequette, Formes urbaines de la création contemporaine, 2010.